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Sensible et Vivant

Dernière mise à jour : 17 juin

Ecouter sa sensibilité, c’est faire avec ses sens. C’est faire avec ses capacités sensitives. Sentir, ressentir, par le nez, par la bouche, par les yeux, par la peau, par les oreilles, par le cœur. Quand on touche, quand on est touché, au sens propre, comme au sens figuré ; c’est vibrer de plaisir ou de répulsion au contact de quelqu’un, en sa présence, à sa main qui se pose sur notre peau ; et aussi par ses mots, par son regard, par son attitude, par son expression. C’est cela toucher et être touché. Cela passe par les sens. Quand on goûte, c’est goûter les choses, qu’elles soient de matière – aliments ou eau – ou qu’elles soient une expérience. Ne dit-on pas d’une situation qu’elle est savoureuse ou quelle est amère, comme si elle était matière et que nous l’appréciions par nos sens organiques ? Quand on arrive près du but, ne dit-on pas que « ça sent bon » ? Nos sens caractérisent ce que nous vivons.


Nos sens nous éveillent, nous tiennent en lien avec la vie, avec les autres, avec notre environnement, avec ce que nous rencontrons, avec ceux que nous rencontrons. A l’interface entre extérieur et intérieur, nos sens nous mettent en contact avec nos instincts. Nos ressentis nous contactent à notre intelligence infinie. L’intelligence de notre Être, celle qui ne passe pas par notre intellect. Nos sens ouvrent la voie à ce que nous savons sans le savoir, à ce que nous voulons, sans filtres du mental, pour nous-même et pour le monde. Par nos sens, ce sont nos instincts de vie qui s’expriment. Nos sens nous contactent à nos capacités de croissance. A nous de leur faire confiance. Nous sommes tous aptes à sentir, et ainsi savoir ce qui nous attire, ce qui nous révulse, ce qui est bon ou mauvais pour nous. Nos sens nous aiguillent, nous mettent sur la voie. C’est par eux, que nous savons nous positionner à notre juste place, sur notre propre chemin de vie. C’est cela, la puissance d’être sensible.


Être sensible, c’est « être capable de sensations, de perceptions, de sentiments » nous dit Le Robert. Ne sont-ce pas là, les caractéristiques mêmes du vivant ? Si nous ne ressentons plus, si nous ne percevons plus, alors nous n’avons plus aucune aptitude à évoluer par nous-même, à nous faire notre propre appréciation de la situation, de ce que nous vivons. Quand nous ne ressentons plus, quand nous nous “carapaçons”, quand nous nous fermons, nous passons en mode machine. Des machines à faire ce qui nous est dicté, à suivre des rails que d’autres ont tracés. Nous acceptons une programmation extérieure à nous-même. Nous acceptons d’agir de manière froide, impassible, sans savoir, sans sentir, si cela nous convient, si cela fait sens. Nous agissons sans plus rien donner de nous-même, sans plus rien donner au monde de nos couleurs. Ne plus ressentir, c’est se couper du vivant. C’est faire de notre monde, un monde en noir et blanc.

Se couper de sa sensibilité pour se protéger ? C’est une petite mort assurée. La mort de notre capacité à Être. Je crois plus fort et plus riche de rester connecté à elle pour avancer.


Je crois que plus que jamais, nous avons besoin de notre sensible. Pourquoi il y a-t-il de plus en plus de personnes “ hyper-sensibles ” ? Effet de mode ? Non. Je ne crois pas. Nos organismes se développent. Et je crois que le développement de notre sensible est le pendant, le contre-balancement, d’une évolution vers beaucoup de systèmes faits pour se passer de la vie, d’outils artificiels qui réfléchissent pour nous, qui orientent et décident, qui nous emprisonnent dans des voies qui nous éloignent de la vie et du vivant. Or naturellement, tout tend à l’équilibre. Et je crois que le développement de notre sensibilité, c’est le plus puissant moyen de rester connectés à la Vie.


Certes, cela provoque de grands tiraillements, dans une société qui veut bien s’emparer et valoriser les techniques des machines et de l’artificiel, et qui ne s’empare pas de son complémentaire. Alors qu’écouter cette sensibilité qui se développe devrait nous être naturel, cela devient conflictuel. Une étrangeté. Quelque chose à refouler. Pourtant. Ne valoriser que les avancées technologiques et artificielles sans valoriser la sensibilité et le développement de notre humanité, c’est se priver du contrepoids. Sans contrepoids, c’est la perte d’équilibre. Puis la chute, l’effondrement.

Savoir entendre sa sensibilité, ce qu’elle éveille, et agir en conséquence est une force puissante. C’est aussi préserver et honorer le seul moyen qui ait jamais permis à n’importe quel être vivant de subsister. Je crois profondément que c’est en se fiant à sa sensibilité et à ses sens, que l’on peut rester vivant.


Isabelle Zenvie

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